BARRAGE SIVENS - Hommage à Rémi Fraisse

C'est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

 

D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

 

Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

 

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

 

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

 

Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,

 

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

 

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

 

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

 

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

 

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

 

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

 

 

(Arthur Rimbaud, Le Dormeur du val, octobre 1870)

Lettre ouverte au Premier Ministre du président de France Nature Environnement

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Dans le Tarn, au bord du Tescou, le barrage de trop ? LE MONDE | 24.10.2014 à 08h19 | Par Martine Valo Des jeunes gens enterrés jusqu’à la poitrine, le visage maculé de terre et d’autres assis en tailleur, derrière eux, qui les encouragent à tenir bon. L’image restera peut-être comme l’une des plus marquantes de la lutte contre le barrage de Sivens, dans le Tarn. Mais cette action-là n’a pas eu plus d’effet que les autres ; elle n’a ralenti que de quelques heures le chantier de déboisement. Ni les journées entières accrochés dans les grands chênes, ni les nuits passées par les lycéens de Gaillac à camper devant leur établissement n’ont fait le poids : le dernier arbre a été abattu le 3 octobre au petit matin. Pourtant, les opposants espèrent encore bloquer l’avancement du chantier et appellent à un grand rassemblement le 25 octobre dans ce coin de forêt qui semble avoir été passé au rouleau-compresseur. Fini le vallon bucolique où le Tescou, une modeste rivière, prenait ses aises en hiver : ici doit prendre place une retenue d’eau artificielle d’une capacité de stockage de 1,5 million de m3, ceinte de hauts murs. D’une emprise de 48 hectares, le futur ouvrage d’environ 1,5 kilomètre de long, va faire disparaître 13 hectares de zones humides remarquables pour la richesse de leur faune et de leur flore. « Il faut préserver ce type d’espace naturel », capable d’atténuer les crues et de filtrer les pesticides, toutes les politiques publiques le proclament, y compris celle du conseil général du Tarn… avant d’asseoir dessus un nouveau barrage. Résultat : Sivens va coûter 8,5 millions d’euros, un financement entièrement public, plus cher que la moyenne, car il va falloir compenser la perte de ces 13 hectares essentiels au cycle de l’eau. un cadeau aux maïssiculteurs Selon le département, qui en est le maître d’ouvrage, l’aménagement de Sivens est destiné pour 70 % à alimenter des agriculteurs en aval et pour 30 % à soutenir le débit du Tescou en été. Selon les anti-Sivens, il passe surtout pour un cadeau supplémentaire à l’égard d’une poignée d’adeptes de l’agriculture intensive et de maïssiculteurs. Et si la rivière faiblit en août, c’est aussi parce que les cultivateurs la pompent pour arroser leurs cultures. Cette lutte contre l’accaparement des ressources apporte chaque jour son lot de violence entre Lisle-sur-Tarn et Gaillac. Au moins 150 à 200 gendarmes mobiles y stationnent quotidiennement depuis le début des échauffourées, le 1er septembre. Les premiers « zadistes » sont arrivés voilà un an pour protéger la « zone à défendre » du Tarn. Dans leurs rangs, on n’hésite pas à provoquer les gendarmes mobiles ni à pirater les sites Internet des institutions à combattre. Derrière ce bras armé, les associations de défense de l’environnement, réunies dans le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, se battent autrement, mais de façon aussi obstinée, avec le renfort de la Confédération paysanne. Les hostilités ont en réalité commencé le 23 janvier, lorsqu’une vingtaine d’hommes cagoulés, en treillis, ont déboulé au son d’un cor de chasse, armés de manches de pioche, avec l’intention de bouter les anti-barrage hors de « leur » campagne, saccageant au passage l’ancienne métairie où les zadistes s’étaient installés. Quant aux forces de l’ordre, elles n’avaient manifestement pas de consignes de clémence envers les opposants au barrage : interpellations, expulsions, blessures par tirs de Flash-Ball, affaires brûlées dans la forêt et bousculades, y compris d’élus écologistes ceints de leur écharpe tricolore. Et une pluie de procès-verbaux pour tout le monde. grève de la faim Pour lutter contre le barrage, certains se sont même engagés dans une longue grève de la faim. Roland Fourcard et Christian Conrad, des militants pas tout jeunes, au visage émacié, ne se sont pas alimentés pendant plus de 50 jours. Ils demandaient que la ministre de l’écologie s’engage à rendre public le rapport des deux experts qu’elle avait envoyés sur place en septembre, ce qu’elle s’est engagée à faire le 22 octobre. Ségolène Royal connaît l’ampleur du problème : en tant que présidente de Poitou-Charentes, elle a dû elle-même s’opposer à ce que le marais poitevin ne fonde pas comme peau de chagrin, asséché par les cultivateurs de maïs. A Albi, les grévistes de la faim réclamaient aussi aux élus du département la tenue d’un débat contradictoire. En vain. Thierry Carcenac (PS), président du conseil général depuis 1991, campe sur ses positions. « Il y a eu une enquête publique [où une majorité d’avis défavorables s’est exprimée], les conseillers généraux ont voté pour et les recours examinés jusqu’à présent par les juridictions compétentes ont permis de débuter les travaux en toute légalité », assène-t-il depuis le début de la crise. Si le chantier traîne encore, il perdra les 30 % de financement de l’Union européenne qui arrivent à échéance. Les élus ruraux du coin apprécient cette fermeté imperturbable : ils l’ont élu sénateur fin septembre. L’homme fort du département dispose d’un ultime argument : « Avec ce barrage, les agriculteurs devront s’acquitter des volumes consommés, ils ne pomperont plus sans payer. »

RAPPORT DES EXPERTS TANT ATTENDU.....

BARRAGE DE SIVENS
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Les «anti barrage» toujours mobilisés

Entre 400 et 500 personnes ont manifesté hier après-midi dans les rues de Gaillac pour exprimer leur opposition au projet de barrage de Sivens.

Partis de la place de la Libération, les manifestants ont défilé dans le calme jusqu'à la mairie avant de regagner la place. On était loin de la situation tendue et violente qui existe depuis plus d'un mois maintenant sur le site de Sivens. Loin aussi des images de casseurs et terroristes accolées à tous les opposants à ce projet. Les forces de l'ordre sont d'ailleurs restées très discrètes durant la manifestation.

Mais la mobilisation d'hier démontre que la lassitude n'a toujours pas eu raison de ce mouvement. Thierry Carcenac, le président du conseil général, est toujours la cible principale des opposants sur les banderoles et affiches brandies dans le cortège. La défense de la zone humide, de sa faune et sa flore sont au centre des préoccupations des opposants mais beaucoup les rejoignent également en réponse à ce qu'ils estiment être une mauvaise utilisation de l'argent public. Le modèle d'une agriculture intensive est visé.

C'est ce que le collectif du Testet a expliqué en milieu de semaine aux experts mandatés par la ministre de l'écologie, Ségolène Royal. Leur rapport devrait être remis dans les jours à venir. En attendant, les opposants préparent un grand rassemblement pour la fin du mois. Les grévistes de la faim poursuivent leur action, faute d'une réponse favorable à leur demande de débat public.

Ils ouvraient le cortège des manifestants, hier.

Le dossier du barrage de Sivens est encore loin d'être terminé.

 

Le Tarn Libre du 5/10/2014

Lettre ouverte – Accueil des forces de l’ordre au Lycée agricole de Fonlabour à Albi (81)

Madame Najat VALLAUD-BELKACEM, Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Monsieur Stéphane LE FOLL, Ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt

 

Objet : Lettre ouverte – Accueil des forces de l’ordre au Lycée agricole de Fonlabour à Albi (81)

Albi, le 1er octobre 2014

 

Madame la Ministre, monsieur le Ministre,

 

Dans un contexte de violences et de tensions extrêmes des évènements qui se déroulent depuis plus d’un mois sur le site du projet de barrage du Testet dans le Tarn, les élu-es régionaux midi-pyrénéen-nes Europe Ecologie – Les Verts ont appris avec stupeur que le Lycée Agricole de Fonlabour de Albi avait été réquisitionné par la Préfecture du Tarn pour accueillir des gendarmes mobiles en mission à Sivens.

Nous avions déjà dénoncé, il y a près d’un mois, la présence durant quelques jours de ces gendarmes au lycée de Fonlabour, en pleine période de rentrée scolaire. Ces derniers avaient quitté l’établissement scolaire suite à notre intervention et à celle de Martin Malvy, Président du Conseil Régional de Midi-Pyrénées.

Un lycée n’a pas vocation à recevoir des militaires en mission.

Ces gendarmes mobiles sont en contact avec les élèves, les étudiants et la communauté éducative, circulant au sein même de l’établissement parfois, selon des témoignages, avec leurs armes à la ceinture. La présence de militaires en opération dans un établissement scolaire n’est pas saine dans l’Ecole Républicaine que nous défendons d’autant plus quand de nombreux étudiants sont opposés au projet de barrage.

Nous vous demandons, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, de ne pas laisser une telle situation se prolonger et de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour que les forces de l’ordre quittent au plus vite cet établissement en vous assurant qu’elles ne retrouvent pas, dans un autre établissement scolaire, un nouveau lieu d’accueil.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

 

Pour les élu-es régionaux EELV,

Guillaume CROS Président du Groupe EELV

Violences entre opposants au barrage de Sivens et policiers dans l'enceinte du conseil général mardi matin : que s'est il réellement passé ?

Publié le 10/09/2014 à 06h09 | Mis à jour le 10/09/2014 TARN LIBRE

Des scènes de violence jamais vues ont eu lieu dans l'enceinte du Conseil général du Tarn, à Albi, mardi 9 septembre de 9 h 30 à 11 h 30. Après que cinquante opposants au projet de barrage à Sivens aient pénétré dans l'Hôtel du département, l'intervention de la police nationale s'est déroulée avec à la clé notamment un élu, Guillaume Cros, conseiller régional Europe Ecologie - Les Verts (EE-LV) molesté par les forces de l'ordre et un commandant de police le nez cassé. Comment cet enchainement de la violence s'est-il enclanché ? Que s'est-il passé pour en arriver là ? Retour, nécessairement partiel - il n'est pas possible de tout voir dans de telles circonstances où la presse qui plus est a été traitée sans ménagement - sur le déroulement de cette matinée "musclée".

• 9 h 30. Un projet d'action devant le tribunal d'Albi est prévu puis annulé.

• 9 h 35. Une cinquantaine d'opposants au barrage de Sivens se rendent au Conseil Général. Ils pénètrent dans les locaux.

• 10 h. Première tentative de la police pour évacuer un groupe d'opposant qui se trouvait devant le secrétariat du Président du conseil général.

• 10 h 15. Guillaume Cros, conseiller régional, tente d'apaiser la situation. Il est ceinturé et molesté par un policier en uniforme.

• 10 h 30. Scènes de violence dans une allée principale du Conseil Général. Des policiers se saisissent de leur matraque pour frapper à terre des opposants au barrage.

• 11 h. La police évacue par la force un journaliste alors que celui ci brandit sa carte de presse.

• 11 H 25. Les opposants sont repoussés à l'extérieur de l'Hôtel du Département.

• Après-midi. On apprend qu'un opposant a été placé en garde à vue pour coup de tête contre un commissaire de police, Thierry Carcenac publie un communiqué dénonçant "des actes inqualifiables perpétrés dans les locaux du Département"

9 h 30. La presse a reçu à 9 h 15 de la part d'opposants au barrage du Testet une invitation à se rendre au Tribunal d'Albi à 9 h 30 pour une action visuellle. A l'heure dite devant le Tribunal, une cinquantaine d'opposants sont présents. Parmis eux "des zadistes", des jeunes avec "nez rouge", des militants syndicaux du centre hospitalier tout proche venus à leur rencontre (et vont s'en retourner à leur travail), un gréviste de la faim du collectif du Testet... Les opposants renoncent à leur action visuelle : ils pensaient que la justice devait siéger à propos d'un de recours concernant la situation à Sivens, mais l'information est donnée que l'audience attendue n'a lieu qu'à 13 h 30. Se promettant de revenir le petit groupe décide alors "d'aller voir Thierry Carcenac" (le Président du conseil général porteur du projet de barrage à Sivens) et prend la direction de l'Hôtel du département. "Ils nous poussent à bout, on ne sait plus comment répondre à leurs attaques" explique l'un des militants qui semble faire office de "leader".

9 h 35. Le groupe arrive devant le Conseil général. Des consignes de non violence sont données. Cependant certaines personnes mettent des cagoules avant de les retirer à la demande du "leader". L'action visuelle est finalement mise en place sur les marches du bâtiment dont les portes ont été fermées mais les grilles pas toutes baissées, deux policiers (rejoints rapidement par un ou deux collègues) étant présents. Une banderole est déployée ("Forêt de Sivens, halte au massacre), un militant tient une branche d'arbre "décapité" amenée de Sivens, des cartouches de gaz lacrimogène tirées et récupérées pendant les affrontements sur le site sont réparties sur le sol. Après quelques minutes, voulant "voir Carcenac" le groupe force la porte d'accès au Halle du bâtiment dans lequel il s'engouffre pour gagner l'étage et se retrouver aux abords du bureau du Président du Conseil général. Les opposants déambulent jusqu'au moment où ils comprennent où se trouve le secrétariat du Président. Une dizaine d'entre eux discutent alors dans l'entrée du secrétariat avec la chef de cabinet de Thierry Carcenac et Roland Foissac, Vice Président du Conseil général (PCF - Front de gauche), un des rares élus du département à avoir exprimé son opposition à la façon dont le projet de barrage est mis en oeuvre. Aucun autre élu du département n'est alors visible (ce sera le cas pendant toute l'occupation des locaux). L'échange est ferme, mais aucune violence n'a lieu. Une opposante s'amuse à tater la moquette du sol et dit "c'est quand même très moelleux". Les opposants sont informés que Thierry Carcenac est absent (il est à Paris pour un rendez-vous avec Ségolène Royal). Une demi-douzaine, désormais, de policiers en uniforme entreprennent de "serrer" le petit groupe présent devant la porte du secrétariat. Roland Foissac leur demande de ne rien tenter qui enclanche la violence et les policiers desserrent leur étau. Dans le couloir un militant a revétu sa cagoule pour inscrire à la bombe sur les murs du couloir :" Carcenac responsable, criminel", "ZAD (zone à défendre) partout"... Des cris fusent : "Sortez de Sivens, on sortira". Ou : "Moratoire".

10 h. Rolland Foissac s'absente quelques minutes alors que la situation est tendue mais sans aucun affrontement. Des opposants ont disposé des fauteuils en haut de l'escalier qui mène au cabinet du président, ils ont étendu sur les marches une affiche consacrée à une exposition à venir à Sivens qu'ils ont visiblement trouvée dans les locaux. La branche d'arbre "apportée de la forêt" est également posée. Devant le secrétariat du président où se sont glissés plusieurs policiers en civil aux cotés de ceux qui sont en uniformes, les forces de l'ordre empoignent des militants pour les évacuer. Ils tentent de les repousser vers l'escalier d'accès mais les 10 ou 15 opposants présents à cet endroit s'assoient et s'enchevètrent au sol. La presse (dont une Journaliste reporter d'image de M6, seule télévision présente pendant la durée de l'occupation) est traitée sans ménagement (notre bloc-note nous est arraché de la main), les policiers ne faisant pas de distinction entre journalistes et opposants.

10 h 15. Les opposants ont été repoussés de quelques mètres. Toujours enchevétrés à terre ils sont en haut et sur les premières marches de l'escalier d'accès aux bureaux présidentiels, les policiers (une dizaines en uniforme sans doute autant en civil et portant un brassard "police") les encadrant. Des plantes et de la terre jonchent l'escalier et le couloir qui mène à l'hémicycle du Conseil général. Les membres du cabinet de Thierry Carcenac semblent totalement tétanisés et dépassés par la tournure que prennnent les événements. Ils se tiennent pour la plupart reclus dans le couloir près du secrétariat. Roland Foissac étant parti, plus aucun responsable politique élu du Département n'est visible. Guillaume Cros, conseiller régional Europe Ecologie les Verts, qui est arrivé depuis quelques instants, ceint de son écharpe d'élu, gagne le haut de l'escalier et s'adresse aux policiers comme aux opposants pour temporiser et apaiser les esprits. Il se tient bras en l'air pour signaler sa volonté non violente. Stéphane Mathieu, Directeur de l'eau au Département (dont la volonté de dialogue et la capacité à échanger avec les opposants pendant toute la matinée, y compris aux moments où la violence s'est déchaînée, doit être soulignée) s'apprête à le rejoindre. Au même moment, un policier en uniforme s'approche de Guillaume Cros par derrière, le ceinture et le précipite dans l'escalier.

10 h 30. Une quinzaine d'opposants - les même ou d'autres - sont désormais couchés et enchevêtrés au sol au pied de l'escalier, une centaine d'autres mélés à des membres du personnel départemental sont dans le couloir qui mène à l'hémycycle. Les policiers trainent des corps à terre, certains des civils qui font le coup de poing contre les opposants sont sans brassard de police, des policiers en uniforme sortent leur matraque, l'un d'entre eux qui semble avoir perdu tout controle de lui même la brandie pour frapper des jeunes (certaines jeunes femmes sont torse-nu) qui sont au sol. Choqué par la façon dont il a été molesté, Guillaume Cros se tient un peu plus loin. En haut de l'escalier, Rolland Foissac, revenu, assiste à la scène alors que des membres du cabinet du président lui demandent de faire quelque chose. Il est évidemment trop tard, la violence policière débridée et celle de certains opposants (même si la plupart sont en "résistance passive" au sol) étant à l'oeuvre. On l'entend murmurer : "Il aurait suffit d'un mot d'apaisement hier de la part de Thierry Carcenac".

11 h. Alors que depuis une vingtaine de minutes, rien n'a évolué, les policiers font le vide autour des opposants couchés au sol au pied de l'escalier. Puis certains tentent de défaire l'entremèlement des corps quand d'autres s'emparent de personnes qui sont debout et regardent la scène. L'objectif : précipiter les opposant en contrebas dans l'escalier afin de ramener tout le monde au rez-de-chaussée. Dans ce mouvement, les forces de l'ordre ne font pas de discernement : un jeune journaliste du site d'information écologiste Reporterre est saisi, soulevé comme un fétu de paille par plusieurs policiers, il proteste de son statut de journaliste, parvient à brandir sa carte de presse, nous sommes plusieurs confrères à crier "Il est journaliste", mais les forces de l'ordre continuent à le molester jusqu'à ce qu'il soit repoussé au rez de chaussée.

11 h 25. Les policiers font une dernières charge au rez de chaussée du bâtiment et dans leur fuite des opposants cassent du mobilier. Tous les opposants sont repoussés à l'extérieur du bâtiment vers 11 h 30, les grilles sont abaissées et certains opposants s'y agrippent pour grimper à leur sommet. Environ 200 personnes se retrouvent devant l'hôtel du département et entreprennent de faire un sit-in. Certaines sont encore présentes vers 19 h.

Après midi. M6 diffuse dans son 12 h 45 des images des violences dans l'enceinte du Conseil Général et le témoignage de Guillaume Cros. On apprend qu'un opposant a été placé en garde à vue : il lui est reproché d'avoir donné un coup de tête à un commandant de police qui a eu le nez cassé. Thierry Carcenac signe, semble-t-il depuis Paris, un communiqué titré " des actes inqualifiables perpétrés dans les locaux du Département", que les services départementaux diffusent à la presse vers 13 h 30. Il écrit notamment : "Le Conseil général du Tarn a été la scène d’une rare violence ce matin, vers 10h 30. Une quarantaine d’opposants à la retenue de Sivens ont en effet pris d’assaut les lieux, par la force, détruisant tout ce qui était à leur portée, et s’en prenant avec une rare brutalité au personnel du Conseil général présent sur les lieux. Des agressions multiples se sont produites tant sur les biens que sur les personnes sans que les appels au calme et au dialogue n’aient eu un quelconque effet, rendant nécessaire l’intervention des forces de l’ordre pour les obliger à quitter les lieux. Le personnel présent, particulièrement choqué, a assisté à des scènes de vandalisme perpétrées par certains opposants se revendiquant comme anarchistes. Il est inadmissible dans un État de Droit que l’on s’oppose avec une telle violence et de tels actes à des décisions prises dans un cadre légal, respectueuses des règles démocratiques existantes dans notre pays."

Thierry Tchukriel